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N° 3140 - Analyse comparative de l’écologie des jeunes stades d’aloses Alosa alosa et Alosa fallax : preferendum, sensibilité aux pressions environnementales et restauration des populations

Centre : Bordeaux -  Unité de recherche : EABX  -  Thème de recherche : QUASARE
Responsable Irstea : Acolas Marie-Laure
Domaine d'activité : Connaissance et caractérisation des réponses des communautés écologiques aux pressions anthropiques (pollutions, habitat)
Disciplines : Ichtyologie, Sciences de la vie et de l'environnement, Ecologie aquatique, hydroécologie
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Résumé :
Lorsque l’on s’interroge sur la qualité des habitats aquatiques et l’érosion de la biodiversité, les poissons migrateurs constituent d’excellents modèles d’études. Ils permettent d’appréhender la fonctionnalité du continuum fleuve-estuaire-mer car pour que leur cycle de vie soit complet, ce continuum doit être de qualité suffisante. Ces espèces diadromes participent à la biodiversité des 3 milieux et parmi elles, les espèces anadromes, dont les jeunes stades naissent et grandissent en eau douce, représentent de bons indicateurs de la qualité des fleuves et des estuaires. Au cours du cycle de vie des espèces, les premiers mois de vie correspondent à une période critique où les taux de survie peuvent être très bas. Ces individus de petite taille doivent s’adapter aux conditions environnementales, échapper aux prédateurs et trouver rapidement leur nourriture car leurs réserves sont faibles. Chez les migrateurs amphihalins anadromes, les jeunes stades grandissent en eau douce et dévalent progressivement vers les eaux salées. Ainsi, au-delà des risques associés à cette phase de vie, il existe des risques additionnels spécifiques aux migrateurs : mortalité (directe et indirecte) ou retard à la migration lié à la présence d’obstacles, à des changements physico-chimiques importants avec des mécanismes d’osmorégulation à mettre en place, à la distance à parcourir en traversant des habitats inconnus impliquant une exposition accrue au risque de prédation. La grande alose Alosa alosa, et l’alose feinte Alosa fallax sont deux espèces potentiellement sympatriques, anadromes, présentes historiquement sur les côtes européennes et nord africaines. Ces espèces n’ont pas échappé au contexte global de déclin des espèces migratrices, leurs aires de répartition se sont réduites, les deux espèces sont classées comme vulnérables, leur exploitation est réglementée et des programmes de restauration sont mis en place dans plusieurs fleuves. D’après des travaux de modélisation large échelle en Europe, les prédictions, dans le cadre du changement global, suggèrent une extension de l’aire de répartition des aloses feintes et une contraction de celle de la grande alose. Cependant cette hypothèse ne prend pas en compte l’effet des stress environnementaux rencontrés dans les bassins versants anthropisés sur les individus des différentes populations ; la plasticité individuelle étant un facteur clefs de la capacité de résilience des populations. Une approche comparative de ces deux espèces du même genre, vivant en sympatrie au moment d’une phase critique de leur cycle de vie apporterait des éléments pour pondérer ces prédictions larges échelles en identifiant l’effet des stress environnementaux sur les performances individuelles. En Nouvelle Aquitaine, la situation des populations, notamment de grande alose, est préoccupante avec une diminution des effectifs. Alors que le bassin versant Gironde Garonne Dordogne rassemblait la plus grande population de grande alose d’Europe à la fin du XXième siècle, le nombre de géniteurs a chuté drastiquement depuis 2006 et un moratoire interdisant son exploitation dans le bassin a été mis en place depuis 2008. Dans le même temps, la population d’alose feinte a également décliné mais semble-t-il dans une moindre mesure. Les causes de déclin possibles sont multiples et il est nécessaire pour la collectivité de les identifier et de les hiérarchiser afin de mettre en place des mesures de gestion adaptées. L’utilisation de ce bassin-versant comme cas d’étude constituerait un bon modèle car il est représentatif des pressions rencontrées à l’échelle des bassins versants anthropisés d’Europe. Dans le cadre de ce projet de thèse la question de l’adaptabilité et de la résilience des populations des deux espèces d’alose présentes en Europe sera abordée. Nous posons la question de la capacité de résilience des populations face aux stress environnementaux caractéristiques des grands bassins versants européens (e.g. ruptures de connectivité, stress oxy-thermique, bouchon vaseux). Si les sites de reproduction diffèrent dans les bassins peu anthropisés, la grande alose occupant des sites plus amont, dans certains bassins les barrières anthropiques forcent les grandes aloses à utiliser des frayères sur l’aval des bassins versants et les juvéniles des deux espèces sont donc soumis à des conditions environnementales identiques. L’approche comparative des deux espèces prend donc tout son sens dans les grands bassins versants anthropisés. Par ailleurs, les deux espèces pouvant s’hybrider, la présence d’individus hybrides a été identifiée dans certains fleuves et leur impact sur la fonctionnalité des populations n’a pas été étudié. Nous proposons dans ce travail de thèse une approche à l’échelle individuelle, les résultats étant voués à être interprétés en termes de fonctionnalité des populations. Il s’agit de comparer les capacités individuelles (e.g. préferendum d’habitat, capacités métaboliques, performances de nage) des jeunes stades des deux espèces et d’évaluer les performances de croissance et les risques de mortalité associés aux stress environnementaux identifiés ci-dessus. L’étudiant devra faire un bilan des connaissances acquises sur les jeunes stades de grande alose et d’alose feinte en Europe : preferendum d’habitats dans le milieu naturel, capacité d’acclimations au variables physico-chimiques du milieu (température, oxygène, salinité), effet des ruptures de connectivité. Il mènera des expérimentations en milieu expérimental et semi-naturel afin de comparer les performances et la sensibilité des jeunes stades (stade larvaire et stade aloson jusqu’à 60-90 jours post-éclosion si possible) des deux espèces. Il s’agit d’identifier, au cours de cette phase du cycle de vie, d’éventuels stades ou comportements critiques au vu des risques associées dans les bassins versants anthropisés. Cette approche comparative permettra d’apporter des éléments de réponse à la question d’une plasticité différentielle des populations des deux espèces.